Huile de palme : vous avez dit “durable” ?

En dépit du succès qu’il rencontre auprès des entreprises, le label RSPO (Roundtable on Sustainable Palm Oil) n’a pas permis d’enrayer la destruction des forêts tropicales : les plantations de palmiers à huile demeurent le premier moteur de la déforestation en Indonésie, la région suffoque à nouveau dans les fumées provoquées par les incendies de tourbières, et de nombreuses communautés forestières subissent, impuissantes, la confiscation de leurs terres et la destruction de leurs ressources.

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RSPO, c’est quoi ?

Créée en 2004, la RSPO s’est donnée pour mission d’établir – à travers un dialogue multipartite – des critères et une définition de ce que doit être la production durable d’huile de palme.
Aujourd’hui, cette “table ronde” inclut près d’un millier d’adhérents : producteurs d’huile de palme, négociants, entreprises de la grande consommation, de la grande distribution, banques et investisseurs, ainsi que quelques ONG.

Près de dix ans après sa création, le bilan de la RSPO est en demi-teinte. Alors que l’organisation aurait dû contribuer à briser le cercle vicieux entre fabrication d’huile de palme et déforestation, les résultats ne sont pas là …

Les membres de la RSPO participent à la déforestation

Le dernier rapport de Greenpeace, “Certiying Destruction” (Destruction certifiée – à consulter en anglais) montre que les déboisements et incendies catastrophiques qui affectent l’Indonésie continuent d’impliquer des plantations certifiées “durables” et des membres de la RSPO.
Ainsi, près de 40 % des incendies répertoriés dans la province de Riau, la plus touchée par ce fléau, concernent des concessions affiliées à des membres de la RSPO.

Pourquoi cet échec ? Tout simplement parce que le standard RSPO n’interdit pas la destruction des forêts secondaires (forêts qui ont repoussé – après avoir été détruites) qui constituent la majeure partie des forêts subsistant en Indonésie et ailleurs.

Si les incendies volontaires sont en principe proscrits par la loi indonésienne, les défrichements et l’assèchement des tourbières créent les conditions d’un embrasement généralisé et incontrôlable à chaque saison sèche un peu prolongée. Or la RSPO a pour l’instant enterré l’idée de renforcer ses critères de durabilité pour exclure toutes les forêts et tourbières des zones de plantation éventuelle pour les palmiers à huile.

Aujourd’hui, faire confiance à la RSPO équivaut à donner un mandat pour une déforestation accrue, aux dépens du climat, des personnes et des espèces animales menacées telles que le tigre de Sumatra.

Le “zéro déforestation” est possible : il est grand temps de s’y mettre

En effet, un nombre croissant de producteurs d’huile de palme se déclarent prêts à aller bien au-delà des standards RSPO. Ceux là se sont engagés à mettre en œuvre une politique “zéro déforestation”, visant aussi à prévenir les conflits sociaux.

A l’autre bout de la chaîne, les entreprises utilisatrices d’huile de palme commencent à comprendre que le consommateur ne se satisfera pas d’un label de certification qui n’est pas du tout à la hauteur des enjeux sociaux et environnementaux.

En début de semaine, des poids lourds de l’industrie agroalimentaire française ont à leur tour pris l’engagement de limiter leurs achats à une huile “provenant de plantations dont l’exploitation respecte les forêts à haute valeur de conservation, les forêts à haute valeur en carbone et les tourbières”.

Ce sont des signaux importants, car il s’agit bien là d’afficher l’ambition de briser le lien entre l’huile de palme, la déforestation tropicale et son corollaire de désastres sociaux et environnementaux. L’approche « zéro déforestation » testée depuis deux ans sur des concessions pilotes par Golden AgriRessources montre que c’est réalisable. Cette avancée doit toutefois s’inscrire dans le temps et s’étendre à d’autres compagnies.

Bien sûr, la sincérité et l’efficacité de ces divers engagements ne pourront être jugées que sur des mesures concrètes et les résultats obtenus.

Pour ces entreprises le temps presse : fin 2014, une nouvelle législation européenne entrera en vigueur et imposera l’étiquetage de l’huile de palme (aujourd’hui, la plupart des produits portent seulement la mention “huile végétale”). D’ici là, il leur faudra avoir fait la démonstration que huile de palme ne rime pas nécessairement avec déforestation, car le consommateur fera ses choix en connaissance de cause.

À propos de l'auteur, Jérôme Frignet

Chargé de campagne forêts pour Greenpeace depuis 2008. Sa spécialité ? Les liens entre déforestation et changements climatiques. La tête dans la canopée la majorité du temps.

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